L'HISTOIRE FOLLE DES NOMS DE CODE DE FEDORA !!
Cette vidéo retrace l’histoire des noms de code de Fedora Linux, de leurs origines alcoolisées à leur abandon au profit de simples numéros, en passant par une règle de nomenclature unique et des choix parfois absurdes.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
Les origines : Fedora Core 1 à 5 et l’héritage Red Hat
Les cinq premières versions de Fedora, alors appelées Fedora Core, ont conservé une tradition interne de Red Hat consistant à nommer les versions d’après des boissons alcoolisées ou des vignobles. Ainsi, Fedora Core 1 s’appelait Yarrow (une plante utilisée pour aromatiser la bière), Fedora Core 2 Tettnang (un houblon noble allemand), Fedora Core 3 faisait référence à une marque de bière, Fedora Core 4 Stentz (un domaine viticole alsacien) et Fedora Core 5 Bordeaux. L’intervenant précise : « les ingénieurs de Red Hat ont conservé une vieille tradition interne assez particulière, c’est de donner des noms de codes liés à l’alcool, au bar et aux vignobles ».
Le tournant : Fedora 6 et l’appropriation communautaire
À partir de Fedora Core 6, la communauté a commencé à s’approprier le projet. Le nom choisi fut Zod, en référence au général Zod de Superman et à la réplique culte « Kneel before Zod ». Ce choix marque un changement de ton : les références internes de Red Hat s’estompent au profit de la culture geek et des délires de la communauté.
La règle des relations entre versions
En 2007, avec Fedora 7, le mot « Core » disparaît et le projet instaure une règle de nomenclature quasi mathématique. La règle stipule que le nom de la version n et celui de la version n+1 doivent partager une relation, mais que la version n et la version n+2 ne doivent pas partager cette même relation. Chaque nom devait donc posséder un double sens pour permettre une connexion avec la version suivante tout en évitant une connexion avec la version précédente. L’intervenant explique : « chaque nom de code devait obligatoirement posséder un double sens de façon à ce qu’il y ait une connexion possible ici d’un certain type, mais que l’on utilise le deuxième sens du mot pour faire une connexion avec la version d’après ».
Exemple concret : la transition Goddard → Laughlin → Lovelock → Verne
L’exemple le plus parlant est la séquence Fedora 13 à 16. Fedora 13 s’appelait Goddard en hommage à Robert Goddard, physicien pionnier de l’astronautique. Fedora 14 Laughlin fait référence à Robert Laughlin, également physicien : la relation entre les deux est donc « scientifique américain nommé Robert ». Pour Fedora 15, il fallait trouver un autre sens au mot Laughlin : c’est aussi une ville du Nevada. La communauté a donc proposé Lovelock, également une ville du Nevada. Enfin, Fedora 16 Verne fait référence à la caverne de Lovelock, un site archéologique nord-américain, créant une relation avec l’exploration, thème cher à Jules Verne.
Les dérives assumées : Beefy Miracle et Spherical Cow
Fedora 17 a été nommée Beefy Miracle, une blague récurrente au sein du projet représentant un hot-dog dansant. Ce nom a fini par l’emporter après plusieurs échecs aux votes. Pour Fedora 18, la communauté a choisi Spherical Cow, en référence à la métaphore physique bien connue de la vache sphérique, tout en conservant un lien avec le bovin (le hot-dog contenant de la viande bovine). L’intervenant souligne : « on passe d’un bœuf à une vache, mais spherical cow est une métaphore hyper connue chez les physiciens ».
Les dernières grandes références : Schrödinger’s Cat et Heisenbug
Fedora 19 s’appelait Schrödinger’s Cat, en référence au célèbre chat de Schrödinger, et Fedora 20 Heisenbug, un jeu de mots avec le principe d’incertitude de Heisenberg. Un heisenbug est un bug informatique qui disparaît ou change de comportement dès qu’on tente de l’analyser. Ces deux noms partagent une relation avec la physique théorique et l’incertitude.
L’abandon des noms de code : trois raisons majeures
Fedora 21 a marqué la fin des noms de code, remplacés par de simples numéros. Trois raisons expliquent ce changement :
- Les contraintes juridiques : chaque nom devait passer par des recherches de marque internationales coûteuses et chronophages menées par l’équipe juridique de Red Hat.
- Le choc culturel : certains noms, comme
Beefy Miracle, ont suscité des débats, notamment auprès des communautés asiatiques où la vache est sacrée. L’intervenant précise : « faire de l’humour autour de la viande de bœuf sur un outil professionnel, ça a été perçu comme maladroit ». - L’utilité technique : les noms de code aléatoires n’apportent rien aux administrateurs système. L’intervenant illustre : « entre Debian Buster et Debian Bullseye, est-ce que vous savez dire spontanément lequel est le plus récent ? ».
L’exception récente : Fedora 42 Adams
En 2025, Fedora 42 a fait une exception à sa propre règle en étant officiellement nommée Adams, en hommage à Douglas Adams et à son œuvre Le Guide du voyageur galactique, où le nombre 42 est la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste. L’intervenant explique : « la tentation était beaucoup trop forte ».
CONCEPTS CLÉS
- Fedora Core : ancien nom de la distribution Fedora, avant la disparition du mot « Core » en 2007. L’abréviation
FC(pour Fedora Core) est encore visible dans les noms de paquets RPM, commefc44. - Règle des relations : système de nomenclature imposant un double sens à chaque nom de code pour créer une connexion avec la version suivante tout en évitant une connexion avec la version précédente.
- Heisenbug : bug informatique qui disparaît ou modifie son comportement lorsqu’on tente de l’analyser, en référence au principe d’incertitude de Heisenberg.
- Spherical cow : métaphore utilisée en physique pour illustrer les simplifications extrêmes des modèles théoriques.
CONCLUSION
L’histoire des noms de code de Fedora illustre parfaitement l’équilibre fragile entre la culture geek, les contraintes juridiques et les besoins pratiques des utilisateurs. Si ces noms ont apporté une touche de créativité et d’humour au projet, leur abandon au profit de numéros simples répond à des exigences de clarté et de professionnalisme. L’exception de Fedora 42 Adams montre toutefois que la communauté n’a pas totalement renoncé à ses traditions, et que derrière chaque numéro de version se cache parfois une histoire passionnante.