LINUX 7.2 EST LÀ !!! Tour des nouveautés !
Le noyau Linux 7.2, publié le 16 août 2026, apporte des optimisations majeures sur l’ordonnanceur, les systèmes de fichiers et la gestion mémoire, sans révolution spectaculaire mais avec un travail de fond significatif.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
Un cycle de développement record avec l’IA
Le noyau 7.2 a battu un record avec plus de 2100 contributeurs individuels. Environ 5 % des commits portent désormais un tag « assisted by », une nouvelle règle imposant de déclarer l’utilisation d’IA dans le développement. Adrien précise : « Dès lors qu’on se fait assister par l’intelligence artificielle, on doit dire assisted by et dire quelle intelligence artificielle, quel modèle, quelle version a été utilisée. » C’est une évolution notable qui montre l’intégration progressive de l’IA dans un projet aussi critique que le noyau.
L’ordonnanceur devient « cache aware »
C’est la nouveauté majeure de cette version. Jusqu’ici, le scheduler répartissait la charge sur tous les cœurs sans tenir compte du partage de mémoire entre threads d’un même processus, ce qui entraînait des resynchronisations constantes (le fameux « cache balancing »). Désormais, l’ordonnanceur reconnaît les threads appartenant au même processus et tente de les maintenir sur des cœurs partageant le même cache. Des garde-fous existent pour éviter qu’un processus monopolise un domaine de cache entier. Les processeurs AMD et Intel avec plusieurs domaines de cache seront les plus bénéficiaires, selon Adrien : « pour moi c’est clairement un gros morceau de ce noyau 7.2 qui est là sur une optimisation des performances ».
Correctif de verrouillage sur les pipes
Les pipes (le symbole | utilisé pour chaîner des commandes) reçoivent un correctif de verrouillage qui améliore les performances de 6 à 28 % et réduit la latence d’écriture de 5 à 22 % dans certaines situations. Adrien nuance : « attention, certaines situations, donc ça reste très ciblé pour des usages spécifiques ». C’est un mécanisme très utilisé en arrière-plan, donc même si l’impact n’est pas visible au quotidien, il peut faire une différence sur des charges de travail particulières.
Améliorations de la gestion mémoire avec MGLRU
Le MGLRU (Multi-Generational LRU) est un algorithme qui décide quoi libérer en mémoire quand elle manque. Le commit annonce environ 30 % de gain sur certaines charges comme MongoDB. Adrien souligne l’intérêt pour les bases de données : « quand on a beaucoup de mémoire qui est utilisée sur le système par rapport à la mémoire installée, une meilleure gestion de tout ça ». Cela réduit aussi le nombre d’OOM (Out Of Memory) inattendus, donc moins de programmes tués brutalement.
EXT4 : Fast Commit et correctifs de contention
EXT4, le système de fichiers par défaut de nombreuses distributions (Ubuntu, Debian, Mageia), reçoit des améliorations de performance. La fonctionnalité Fast Commit, qui écrit les entrées dans le journal plus rapidement, supprime des problèmes de contention et de deadlocks en cas de forte charge. Des statistiques sont désormais disponibles via /sys/fs/ext4 et divers fichiers fs_info. Un correctif partagé avec XFS permet un gain de 5 % sur les petites écritures aléatoires de blocs de 4 Ko sur SSD NVMe en mode polling avec io_uring.
NTFS : liens symboliques et durcissement
Le nouveau pilote NTFS, introduit dans le noyau 7.1, continue d’être renforcé. Il gère maintenant les vrais liens symboliques Windows, corrige un bug qui les affichait comme fichiers vides, et a été durci contre la corruption des métadonnées sur disque.
exFAT : gains spectaculaires en écriture
Le système de fichiers exFAT, utilisé sur les clés USB et cartes SD, voit ses vitesses de lecture et d’écriture s’améliorer avec un gain de 87 % en écriture sous forte charge selon les benchmarks. Adrien reste prudent : « c’est pas forcément vrai, mais dans le cadre de benchmark, ça a fait le job ».
BTRFS : larges folios activés par défaut
BTRFS active par défaut les larges folios, qui permettent de traiter la mémoire par blocs plus gros, réduisant l’overhead et la latence. Les écritures directes peuvent être traitées en série, ce qui ferait grimper les performances d’écriture de 59 % et les écritures séquentielles de 15 %. Adrien rappelle qu’il y avait eu une dégradation des performances depuis le noyau 6.12, donc « peut-être ça va redonner un petit coup de boost à BTRFS ».
USB4 Stream : transfert de données sans réseau
Le support de USB4 Stream permet d’envoyer des données entre deux appareils directement via un câble USB4 ou Thunderbolt, sans passer par une connexion réseau. Un nouveau driver crée des fichiers du type /dev/tbsamx. On peut alors envoyer des données avec des commandes simples comme cat ou dd, en bénéficiant de toute la rapidité de l’USB4.
Nouveaux pilotes matériels
Plusieurs ajouts matériels notables : le pilote Uniwill pour les PC Tuxedo Computers gère les modes de charge de la batterie, la plateforme Microsoft Surface prend en charge la Surface Pro 12 pouces, les nouveaux Legion peuvent limiter la charge de leur batterie via le pilote WMI, la webcam AMD ISP4 du HP ZBook Ultra est supportée, et une bonne partie des écrans tactiles Wacom W9000 fonctionnent. Le noyau 7.2 peut aussi démarrer sur les MacBook Pro et iMac équipés de puces Apple M3, mais uniquement en mode console pour l’instant.
Fonctionnalité repoussée : l’ordonnanceur GPU
La fonctionnalité la plus attendue, un nouvel ordonnanceur GPU plus équitable pour remplacer le système actuel, a été repoussée au noyau 7.3. Des régressions et problèmes de performance ont été constatés sur les cartes graphiques AMD, ce qui a conduit à un veto. Adrien exprime sa déception : « petite déception, petite déception parce que il y a une fonctionnalité qui était attendue pour la version 7.2 qui sera repoussée probablement au 7.3 ».
Disponibilité selon les distributions
Chez Ubuntu, le noyau 7.2 sera disponible dans la version 26.10 et en version HWE (Hardware Enablement) pour Ubuntu 26.04. Sur Debian, il faudra patienter. Fedora le proposera d’ici 2 à 3 semaines, quand le 7.2.3 arrivera. Les rolling releases comme Arch Linux et openSUSE Tumbleweed l’auront assez rapidement.
CONCEPTS CLÉS
- Cache aware scheduler : ordonnanceur qui tient compte du cache CPU pour placer les threads d’un même processus sur des cœurs partageant le même cache, réduisant les resynchronisations.
- MGLRU (Multi-Generational LRU) : algorithme de gestion mémoire qui décide quoi libérer quand la mémoire manque, améliorant les performances et réduisant les OOM.
- Fast Commit : fonctionnalité EXT4 qui accélère l’écriture des entrées dans le journal, réduisant la contention et les deadlocks.
- Larges folios : mécanisme BTRFS qui traite la mémoire par blocs plus gros, réduisant l’overhead et la latence.
- USB4 Stream : protocole permettant de transférer des données entre deux appareils via un câble USB4 ou Thunderbolt sans passer par le réseau.
- HWE (Hardware Enablement) : noyau spécifique pour les versions LTS d’Ubuntu, offrant un support matériel plus récent.
CONCLUSION
Le noyau Linux 7.2 n’apporte pas de révolution spectaculaire, mais un travail de fond significatif sur des composants critiques. L’ordonnanceur cache aware, les améliorations sur EXT4, exFAT et BTRFS, ainsi que la gestion mémoire MGLRU devraient offrir des gains de performance tangibles, notamment pour les serveurs de bases de données et les charges de travail intensives. Comme le résume Adrien : « Pas de révolution extraordinaire,