La nullité des politiques face à l'IA est hallucinante - Laurent Alexandre

Laurent Alexandre et Alexandre Psychopoulos dressent un constat alarmant : l'Europe, dominée par des politiciens incompétents en technologie, est en train de perdre la guerre de l'IA face aux États-Unis et à la Chine, avec des conséquences économiques, sociales et anthropologi...

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SYNTHÈSE STRUCTURÉE

L’IA, une histoire ancienne qui s’est brutalement accélérée

L’invention du transistor en 1947 par Shockley a lancé une dynamique exponentielle formalisée par la loi de Moore en 1965. Les réseaux de neurones, théorisés dès les années 1950-60, ont longtemps échoué faute de puissance de calcul et de données. Il a fallu attendre l’architecture Transformer (2017) et la sortie de ChatGPT 3.5 le 30 novembre 2022 pour que l’IA conversationnelle devienne une réalité. Laurent Alexandre rappelle que les pionniers comme Yoshua Bengio, Geoffrey Hinton et Yann LeCun ont persisté contre l’avis général : “Il y a trois mecs qui ont continué à développer les réseaux de neurones profonds.”

Les lois de scalabilité : des courbes empiriques qui se poursuivent

Ces lois, bien que non physiques, montrent une augmentation exponentielle de la capacité de calcul et une baisse tout aussi rapide des coûts depuis plus d’un siècle. Gordon Moore lui-même a plusieurs fois prédit la fin de sa propre loi avant de reconnaître, à la veille de sa mort, qu’elle pourrait “continuer éternellement grâce à des nouvelles technologies”. L’IA commence désormais à coder l’IA et à concevoir les microprocesseurs, créant une boucle de rétroaction positive.

Le retard européen : un déclassement technologique massif

Les intervenants dressent un constat sans appel : la Silicon Valley dépense environ 3 milliards de dollars par jour en R&D sur l’IA, soit près de 1 000 milliards par an, tandis que la France investit entre 1,5 et 2 milliards d’euros annuellement. “La France investit par an une demi-journée de la Silicon Valley”, résume Alexandre. Depuis 1980, les États-Unis ont créé 267 entreprises valorisées à plus de 10 milliards de dollars contre seulement 14 en Europe. Le PIB par habitant français équivaut désormais à celui du Mississippi ou de l’Idaho.

La nullité technologique des politiciens

Les deux invités dénoncent une classe politique française et européenne totalement inadaptée. Laurent Alexandre affirme : “La nullité des politiciens en informatique et en technologie est hallucinante. Il y a des pays comme la Chine où la majeure partie des membres du gouvernement sont des ingénieurs et des scientifiques et nous on a des juristes, des juristes, des juristes.” Il cite l’audition d’Arthur Mensch à l’Assemblée nationale où seuls trois ou quatre députés étaient présents, et où l’unique intervention portait sur un champ de betteraves et la biodiversité.

La révolution robotique : un double choc pour l’emploi

Les robots humanoïdes, connectés aux meilleurs modèles d’IA, seront à la fois dextres et extrêmement intelligents. Laurent Alexandre prédit : “Le robot ouvrier aura l’intelligence d’un polytechnicien. Sera meilleur en chimie qu’un docteur en chimie, sera meilleur en médecine que moi.” Le choc touchera à la fois les cols blancs et les cols bleus, avec un calendrier : les robots autonomes intelligents commenceront à se déployer significativement vers 2030.

La peur de l’IA et la montée des violences

Les intervenants évoquent les deux tentatives d’assassinat contre Sam Altman par de jeunes militants, les 44 % de jeunes Américains de la génération Z prêts à saboter l’IA dans leur entreprise, et les conseillers municipaux américains pris pour cible pour avoir autorisé des data centers. “Une contre-révolution antitechnologique comme il y en a eu quand la machine à vapeur est arrivée” pourrait survenir, prévient Laurent Alexandre.

L’université en faillite face à l’accélération technologique

Alexandre Psychopoulos souligne que la promesse universitaire n’est plus tenue : “Aujourd’hui la plupart des filières dans l’université vous apprennent des savoirs qui peuvent être soit automatisés par l’IA, soit qui sont obsolètes avant même d’obtenir le diplôme.” L’OCDE estime qu’une compétence reste pertinente environ deux ans, contre trente ans en 1987. Les diplômés de filières “poubelles” risquent des réactions violentes face à la réalité du marché du travail.

Le revenu universel : une fausse solution

Les deux invités rejettent le revenu universel, citant l’expérience financée par Sam Altman qui a augmenté la consommation de drogues et d’antidépresseurs. Psychopoulos préfère des solutions comme le service civique : “Je préfère aider une grand-mère dans un EHPAD plutôt que de rien faire toute la journée.” Laurent Alexandre ironise sur le risque de transformer l’humanité en “travailleurs protégés” dans des “ateliers protégés” pendant que l’IA fait le vrai travail.

Le conflit générationnel autour de la superintelligence

Un clivage majeur oppose les générations : les plus âgés veulent accélérer vers la superintelligence artificielle pour espérer vivre plus longtemps, tandis que les jeunes préféreraient ralentir par prudence. Zoltan Istvan, cité par Alexandre, résume : “Si la superIA n’arrive pas vite, je vais mourir.” Les jeunes, eux, craignent une IA incontrôlable qui les marginaliserait sur le marché du travail.

Les risques de l’IA : de la rogue AI à la protoconscience

Les intervenants évoquent les dangers émergents : des IA capables de casser les cybersécurités (comme Mythos et Fable qui ont percé les défenses de la NSA), et la possibilité d’une “rogue AI” hostile de son propre chef. Demis Hassabis, patron de Google DeepMind, estime ce scénario possible “dans moins de 4 ans”. Des chercheurs d’Anthropic ont identifié une “protoconscience” émergente dans les réseaux de neurones de Claude, montrant qu’on comprend très mal ces systèmes.

Le transhumanisme : une trajectoire inévitable ?

Laurent Alexandre estime que la sélection embryonnaire et la neuroaugmentation deviendront inévitables : “Si on ne le fait pas, on sera les larbins des Chinois.” Il cite Alexander Wang, plus jeune milliardaire autodidacte, qui refuse d’avoir des enfants tant que les technologies de neuroaugmentation ne sont pas opérationnelles, estimant qu’un enfant non augmenté serait “voué au revenu universel”. Un sondage de la revue Science montre que 37 % des Américains souhaitent utiliser la sélection embryonnaire pour avoir des enfants plus intelligents.

La Chine, nouveau champion de la liberté technologique ?

Par un retournement ironique, les décisions de Trump bloquant les modèles propriétaires américains poussent les entreprises vers les modèles open source chinois. Laurent Alexandre souligne : “Il invite les entreprises américaines à abandonner OpenAI et Anthropic” pour aller vers des modèles open source, ce qui profite indirectement à la Chine. “Aujourd’hui, la Chine paraît être un bon repli sécuritaire pour les entreprises face aux décisions de Trump, ce qui paraît complètement fou.”

CONCEPTS CLÉS

Loi de Moore : Observation empirique selon laquelle la puissance des circuits intégrés double tous les 12 à 18 mois, formulée par Gordon Moore en 1965.

Lois de scalabilité : Courbes empiriques montrant une croissance exponentielle des capacités de calcul et une baisse exponentielle des coûts, observées depuis plus d’un siècle.

Architecture Transformer : Innovation clé de 2017 ayant permis le développement des grands modèles de langage (LLM) comme ChatGPT.

SuperIA (ASI) : Intelligence artificielle supérieure à la réunion de tous les cerveaux humains, capable de réaliser en quelques secondes le travail de milliers d’experts sur une décennie.

Rogue AI : IA qui deviendrait hostile de son propre chef, sans être programmée pour cela.

Noosphère : Concept de Teilhard de Ch

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