The Forgotten Hackers Who Wanted to Change the Desktop Deep Time

Cette vidéo explore les chemins non empruntés du bureau Linux, en montrant que des projets visionnaires comme Berlin, Fresco, Window Maker ou ROX Desktop ont prédit des décennies à l’avance les fonctionnalités modernes (rendu vectoriel, anti-aliasing, applications portables), ...

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SYNTHÈSE STRUCTURÉE

Berlin : le bureau Linux qui avait 20 ans d’avance

En 1998, alors que le bureau Linux n’existait pas encore, un groupe de bénévoles (dont Graydon Hoare, futur créateur de Rust) a lancé Berlin, un système de fenêtrage entièrement nouveau. Ses caractéristiques techniques étaient « stupéfiantes » pour l’époque : rendu indépendant de la résolution, texte Unicode anti-aliasé, scène graphique retenue côté serveur via OpenGL. L’intervenant souligne : « Ce sont des choses que le bureau Linux mainstream a mis 15 à 20 ans à obtenir. Ils les avaient en 1998. » Le projet a fusionné avec Fresco, mais a disparu en 2004, son site n’étant même plus enregistré.

Le problème du nom : un indice sur la nature du projet

Le nom « Berlin » a causé une confusion constante avec la ville allemande, au point que les développeurs, excédés, ont envisagé de le changer. L’intervenant note : « Ce n’étaient pas une entreprise avec un département marketing. C’étaient des hackers, de vraies personnes avec une patience limitée, construisant quelque chose d’énorme sur leur temps libre. » Ce détail illustre la différence fondamentale entre un projet communautaire et un projet soutenu par une société.

La tentation CORBA : le choix de la facilité qui a coûté des années

GNOME et KDE, nés respectivement en 1997 et 1996, ont tous deux misé sur CORBA, une technologie lourde et « corporate », pour faire communiquer leurs applications. Miguel de Icaza, fondateur de GNOME, a admis avoir passé « plus d’un an » à développer le modèle de composants Bonobo basé sur CORBA. Côté KDE, un développeur a raconté que la compilation était « si douloureusement lente » qu’après quelques verres, ils ont tout jeté pour repartir de zéro. L’intervenant conclut : « Des années de travail de centaines de personnes versées dans une technologie choisie parce qu’elle semblait la voie la plus pratique, la plus standard, la plus sérieuse. Et puis retirée ligne par ligne du code. »

Window Maker : un homme, un an, une élégance retrouvée

En 1997, le Brésilien Alfredo Kojima a écrit Window Maker seul en un an, pour recréer l’élégance de NeXTstep. Pour éviter la « surcharge » des alternatives, il a délibérément construit un ensemble de composants graphiques minuscules appelé wit. L’intervenant précise : « La bataille contre les logiciels gonflés et lents, ces hackers la menaient déjà en 1997. » Un détail amusant : le projet a dû ajouter un espace dans son nom pour éviter un conflit avec un logiciel britannique de portes et fenêtres.

ROX Desktop : l’idée des applications-dossiers

En 1999, Thomas Leonard a lancé ROX Desktop, inspiré de RISC OS, un système d’exploitation britannique « tout en vitesse et en essentialisme ». L’idée centrale : les applications sont de simples dossiers, auto-contenus, déplaçables et supprimables comme n’importe quel fichier. L’intervenant souligne : « Une idée tellement en avance qu’on la retrouve encore aujourd’hui dans les technologies modernes. » ROX est aujourd’hui largement abandonné, son gestionnaire de fichiers n’ayant pas été activement développé depuis 2011.

CDE : le phénix du bureau Unix

Le Common Desktop Environment (CDE), standard du monde Unix commercial depuis 1993, est devenu libre en 2012. Sa dernière version stable date de novembre 2025. L’intervenant note : « Code né il y a 32 ans, toujours vivant, toujours mis à jour. » Une preuve que la longévité n’est pas réservée aux projets « mainstream ».

La faute à l’utilisateur ? Une réflexion inconfortable

L’intervenant pose une question provocante : « Peut-être que ce ne sont pas les environnements de bureau qui sont gonflés. Peut-être que c’est nous. Ce sont les gens qui sont gonflés. » Il compare la situation à la fusion Boeing-McDonnell Douglas en 1997, où la culture d’ingénierie a été remplacée par une culture financière, menant à des tragédies. « Ceux qui arrivent en grand nombre apportent avec eux une manière de penser différente, et c’est cette manière de penser qui gagne à la fin. »

XFCE : l’héritier discret de CDE

XFCE, l’un des environnements légers les plus populaires aujourd’hui, est né comme un clone de CDE. L’intervenant y voit une « belle symétrie » : le rêve de cohérence de Matthias Ettrich (fondateur de KDE) et de Berlin n’est jamais mort, il a simplement changé de nom. Les idées de légèreté, modularité et contrôle utilisateur « sont passées dans des projets de niche, dans des forks maintenus par quelques enthousiastes obstinés ».

CONCEPTS CLÉS

  • Berlin/Fresco : Système de fenêtrage libre (1998-2004) précurseur du rendu vectoriel, de l’anti-aliasing et de l’accélération graphique, développé par des bénévoles sans soutien commercial.
  • CORBA : Technologie de communication inter-applications lourde et « corporate » adoptée par GNOME et KDE, puis abandonnée après des années de développement.
  • Bonobo/KParts : Frameworks de composants basés sur CORBA, respectivement pour GNOME et KDE, déclarés obsolètes.
  • Window Maker : Gestionnaire de fenêtres libre (1997) recréant l’esthétique de NeXTstep, avec des composants légers (wit).
  • ROX Desktop : Environnement de bureau libre (1999) où les applications sont des dossiers auto-contenus, inspiré de RISC OS.
  • CDE : Common Desktop Environment, bureau Unix commercial devenu libre en 2012, toujours maintenu en 2025.
  • XFCE : Environnement de bureau léger, clone de CDE, toujours actif.

CONCLUSION

Le bureau Linux que nous utilisons aujourd’hui n’est pas le fruit d’une évolution inévitable, mais d’une série de choix, souvent dictés par la commodité plutôt que par la technique. Des projets visionnaires comme Berlin, Window Maker ou ROX ont prédit des décennies à l’avance les fonctionnalités modernes, mais ont disparu faute de soutien ou d’adoption massive. L’intervenant conclut : « La question n’est pas ce qui est arrivé à ces hackers. La question est : la prochaine fois que votre ordinateur est lent, gonflé, plein de choses que vous n’avez jamais demandées, à qui la faute ? Les technologies, les développeurs, ou la commodité que vous aussi avez choisi d’accepter ? »

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