GIMP is back But the world moved on
GIMP 3.4 marque une renaissance technique avec un nouveau format de fichier natif, une cadence de publication annuelle et une compatibilité PSD renforcée, mais dans un marché où l’édition d’images de bureau devient une niche — et c’est précisément là que se trouve sa force.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
Un format XCF vieux de 28 ans, enfin modernisé
Le format XCF, créé en 1997, est resté inchangé pendant près de trois décennies. L’intervenant souligne avec fierté : « le logo de 1998 s’ouvre encore pixel pour pixel », mais cette longévité cache un problème structurel : chaque sauvegarde réécrit l’intégralité du fichier. Pour un projet complexe avec des dizaines de calques et des filtres non destructifs, cette approche devient un gouffre de performances. Le nouveau format, basé sur XML dans une archive ZIP, permet des sauvegardes incrémentales et une inspection avec des outils standards.
Une cadence de publication transformée
Le passage de 6 à 7 ans entre les versions majeures à une sortie annuelle est le signal le plus fort du renouveau. GIMP 2.8 (2012), 2.10 (2018), 3.0 (2025), puis 3.2 (2026) et déjà 3.4 en développement. L’intervenant résume : « De une release tous les 6 ans à une tous les ans. C’est ça, la nouvelle. » Cette accélération n’est pas un hasard mais le résultat d’une réorganisation interne et d’un afflux de contributeurs.
La compatibilité PSD comme priorité stratégique
Le projet a reçu « tellement de travail sur la compatibilité Photoshop de la part de tant de personnes » qu’une section dédiée a été créée. Les calques de texte restent éditables, les styles de calques sont importés depuis les descripteurs Photoshop, et les métadonnées peuvent être exportées en TIFF et JPEG. L’intervenant note avec ironie : « GIMP a passé 20 ans à refuser avec une certaine fierté d’être un clone de Photoshop. Et maintenant, le travail le plus lourd de cette release est précisément de mieux parler à Photoshop. » Ce n’est pas une trahison mais du réalisme.
Les dialogues natifs, une réparation symbolique
Pendant 20 ans, les dialogues de sauvegarde sur Windows et macOS étaient les premiers éléments qu’un nouvel utilisateur voyait — et ils trahissaient l’origine Linux du logiciel. L’intervenant qualifie cette correction de « pas une fonctionnalité, mais des excuses ». C’est un détail qui semble mineur mais qui change radicalement la première impression.
L’édition non destructive étendue
La version 3.0 avait introduit l’édition non destructive ; la 3.2 l’étend aux masques de calques et aux calques non raster. Le dégradé gagne une pile de filtres éditables, et le pinceau MyPaint reçoit un mélange spectral qui simule le comportement des pigments physiques : « jaune plus bleu donne du vert, pas un jaune boueux ». Cette fonctionnalité vient d’une nouvelle contributrice, Cassidy Grogan, ce que l’intervenant considère comme « le signal le plus important de tous » pour un projet qui a souffert d’un manque de main-d’œuvre.
Le retard assumé sur OpenRaster
L’intervenant est sans complaisance : « GIMP arrive en retard, là aussi. » OpenRaster, le format d’échange ouvert entre éditeurs libres, utilise du XML compressé depuis 2006, et Krita l’adopte depuis des années. GIMP connaissait cette solution et a choisi de rester sur XCF pendant près de 20 ans. Le nouveau format n’est donc « pas une innovation, mais une maintenance différée, enfin faite correctement ».
Une transition sans rupture pour les fichiers existants
XCF reste chargeable dans toutes les futures versions, mais les nouvelles fonctionnalités seront exclusivement dans le nouveau format. L’intervenant approuve : « Personne ne perd ses fichiers, mais personne n’a d’excuse pour ne pas migrer. » C’est une stratégie de transition propre, qui respecte l’existant tout en poussant à l’adoption.
Un marché en contraction, mais une niche qui grandit
Le marché des éditeurs d’images de bureau se rétrécit face aux outils en ligne (Canva, Figma) et à la génération d’images par IA. L’intervenant pose la question : « GIMP devient-il enfin un logiciel moderne au moment exact où la catégorie “logiciel d’édition de bureau moderne” cesse d’être le centre du monde ? » Sa réponse est oui, et c’est une bonne nouvelle car « un marché de masse qui rétrécit n’est pas un besoin qui disparaît ».
La souveraineté numérique comme argument décisif
Chaque outil en ligne est une dépendance à un serveur, une tarification et des conditions d’utilisation qui changent. L’intervenant rappelle : « Figma a failli être racheté par Adobe. Canva change ses plans quand elle veut. Les générateurs d’IA s’entraînent sur vos uploads — ou disent qu’ils ne le font pas. » Un éditeur de bureau libre avec un format ouvert et inspectable est le seul où la réponse à « qu’advient-il de mon travail dans 10 ans ? » est réellement connue.
CONCEPTS CLÉS
- XCF : format binaire natif de GIMP depuis 1997, réécrit intégralement à chaque sauvegarde, désormais remplacé par un format XML/ZIP.
- OpenRaster : format d’échange ouvert entre éditeurs libres, basé sur XML compressé, utilisé par Krita depuis 2006.
- Édition non destructive : modification d’une image sans altérer les données sources, permettant de revenir en arrière à tout moment.
- Mélange spectral : simulation du comportement des pigments physiques dans le pinceau MyPaint, produisant des mélanges de couleurs réalistes.
- Sauvegarde incrémentale : écriture uniquement des parties modifiées d’un fichier, réduisant le temps d’écriture et la charge CPU.
CONCLUSION
GIMP ne gagne pas la course contre Canva ou Figma, et il n’en a pas besoin. Sa renaissance technique — nouveau format, cadence annuelle, compatibilité PSD — arrive au moment où le marché de masse s’éloigne des éditeurs de bureau. Mais cette contraction crée une niche plus précieuse que jamais : celle des utilisateurs qui exigent un outil local, libre, sans abonnement et sans dépendance à un serveur tiers. Le logo de 1998 qui s’ouvre encore aujourd’hui est la preuve tangible que ce choix de souveraineté numérique a une valeur que les outils en ligne ne peuvent pas offrir.