A Very Incomplete History Of GNOME Desktop
Cette vidéo retrace les origines du projet GNOME à travers un billet de blog de Miguel de Icaza, en expliquant les motivations techniques et politiques derrière sa création, les défis de développement, et l’histoire de son logo emblématique.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
Le contexte : la frustration face à l’absence de technologies libres
En 1996, après l’arrivée de Windows 95, le monde du logiciel libre accusait un retard significatif. Miguel de Icaza explique : « After the introduction of Windows 95, it was clear that the free software universe was lacking a number of technologies, and that we were lagging behind in various areas. » Ce constat a poussé plusieurs acteurs, dont lui-même et Elliot Lee, à chercher des solutions pour combler ce fossé, notamment dans les domaines de la gestion de configuration, des fichiers récents et du traitement MIME.
Les premières tentatives : LibApp et l’échec de l’API réimplémentée
Avant GNOME, Miguel et Elliot ont tenté de créer LibApp, une bibliothèque de fonctions pour accéder aux ressources communes des applications. Ce projet n’a jamais abouti. Ils ont également évalué la réimplémentation d’APIs propriétaires comme celles de NeXTSTEP via GNUstep, mais ont abandonné : « It was too big, too slow, too buggy, too incomplete, and there was little organization in the team. » Cette expérience a orienté leur stratégie vers une approche plus pragmatique.
Le déclencheur : la licence propriétaire de Qt
La création de GNOME est directement liée au problème de licence de Qt, la bibliothèque utilisée par KDE. Miguel a contacté Trolltech pour proposer une double licence, sans réponse. Il souligne : « Qt did not give end users the right to modify, redistribute, nor distribute modified copies of the code and violated the terms of the GNU GPL. » Cette situation a été le catalyseur principal, car à l’époque, la philosophie du logiciel libre était beaucoup plus stricte qu’aujourd’hui.
La naissance officielle en août 1997
Le projet GNOME a été lancé en août 1997, avec une annonce envoyée à plusieurs listes de diffusion, dont gimp-list, gnu-announce et comp.os.linux.announce. Miguel et Federico Mena ont commencé à développer les bibliothèques GNOME en parallèle de leurs autres projets. Le nom « GNOME » était initialement un acronyme pour « GNU Networked Object Model Environment », mais cette signification a rapidement été oubliée.
Le choix de GTK+ comme fondation technique
Contrairement à KDE qui utilisait Qt, GNOME a choisi GTK+ (initialement développé pour GIMP). Ce choix était stratégique : GTK+ était sous licence GPL, ce qui éliminait le problème de licence rencontré avec Qt. Miguel précise : « It was a GPL desktop. It didn’t have that same issue that Qt had at the time. » Cette décision a immédiatement attiré l’attention de la communauté du logiciel libre.
Le rôle de Red Hat et des premiers financements
En décembre 1997, une réunion avec Mark Ewing et Dr Mike chez Red Hat a conduit à la création des « Red Hat Advanced Development Labs » en janvier 1998. Ce fut la première équipe financée dédiée à GNOME. Miguel raconte : « Mark was creating the Red Hat Advanced Development Labs which would be the first funded team of developers that would work towards improving Gnome. » Ce soutien financier a été crucial pour accélérer le développement.
La démonstration à Linux Expo et les premiers pas publics
La première présentation publique de GNOME a eu lieu à Linux Expo à Duke University. Miguel admet : « This is also the first time I did a presentation on the Gnome project which turned out okay despite the problems I had with my laptop on stage. » Cette démonstration a permis de montrer les progrès réalisés et d’attirer de nouveaux contributeurs.
L’histoire du logo : le pied et ses controverses
Le logo du pied de GNOME provient d’icônes dessinées par Tuomas Kuosmanen, un utilisateur de GIMP. Miguel explique : « When we were looking for an icon for the Gnome panel, we went to Toumas’s site and we picked one of the icons he had drawn that had no association to anything yet. » Le pied a été choisi, puis modifié pour ressembler à un « G », mais cette ressemblance reste contestée : « I have looked at it. I have stared at the feet. I have examined the feet and I have never seen a G. » Le logo a survécu à une tentative de remplacement en 2023, principalement en raison de son statut de marque déposée et de l’attachement des utilisateurs historiques.
La sortie de GNOME 1.0 et ses difficultés
GNOME 1.0 est sorti en mars 1999, mais avec des bugs notables. Miguel reconnaît : « This release contained several bugs. The first version of Gnome to ship in Linux distribution was a derivative of Gnome 1.0 that included various improvements over the plane 1.0. » La complexité de compilation et le manque de tests ont donné une mauvaise réputation initiale au projet, malgré les efforts de correction rapide.
GUADEC : la première conférence internationale
En mars 2000, la première GUADEC (GNOME Users and Developers European Conference) a eu lieu à Paris. Miguel a réussi à financer le voyage d’environ 40 développeurs : « In the end, we managed to get enough money to fly around 40 of the core Gnome developers to France for four days. » Cette conférence a été déterminante pour synchroniser les efforts et créer une vision globale du projet.
La création de la GNOME Foundation
En août 2000, la GNOME Foundation a été annoncée à Linux World Expo. Cette structure a permis de fédérer les entreprises et de donner une gouvernance formelle au projet. Les annonces majeures incluaient l’adoption de GNOME par Sun Microsystems pour Solaris et par Hewlett Packard pour HP-UX, ainsi que l’intégration de Mozilla et d’OpenOffice.
L’évolution des technologies : de Bonobo à D-Bus
Le billet mentionne les tentatives de créer une architecture de composants similaire à OLE (Object Linking and Embedding) de Microsoft. Bonobo a été utilisé jusqu’à GNOME 2.4, avant d’être remplacé par D-Bus et GIO. Miguel note : « OLE is basically an inter-processed communication system that was being used on Windows. Eventually, something did come along that did effectively this. That was Dbus. »
CONCEPTS CLÉS
- OLE (Object Linking and Embedding) : système de communication inter-processus de Microsoft, permettant l’intégration d’objets entre applications. Il a inspiré les tentatives de Bonobo avant d’être remplacé par D-Bus.
- Bonobo : architecture de composants pour GNOME, conçue pour imiter OLE, utilisée jusqu’à GNOME 2.4.
- D-Bus : bus de communication inter-processus standardisé sur Linux, utilisé pour remplacer Bonobo et d’autres mécanismes propriétaires.
- GTK+ : boîte à outils graphique sous licence GPL, initialement créée pour GIMP, devenue la base de GNOME.
- Qt : boîte à outils C++ utilisée par KDE, dont la licence propriétaire initiale a été le déclencheur de la création de GNOME.
- GNUstep : réimplémentation libre de l’API NeXTSTEP, jugée trop lourde et incomplète pour servir de base à GNOME.
- GUADEC : conférence annuelle des développeurs et utilisateurs GNOME, initialement organisée à Paris en 2000.
CONCLUSION
Cette vidéo montre que GNOME n’est pas né d’une simple préférence technique, mais d’une réponse politique et idéologique à un problème de licence. Le choix de GTK+ et la création d’une fondation ont permis de bâtir un projet durable, capable de survivre aux changements technologiques et aux controverses. L’histoire du logo illustre parfaitement la tension entre tradition et modernité dans les projets communautaires. Pour un administrateur système, comprendre ces origines aide à saisir pourquoi GNOME privilégie certaines architectures (comme D-Bus) et pourquoi la gouvernance du projet est structurée comme elle l’est aujourd’hui.