Kubuntu how KDE missed its biggest chance

Kubuntu n’est pas qu’une simple variante d’Ubuntu : c’est l’histoire d’une ambition avortée, où un projet porté par un homme seul a failli devenir le vaisseau amiral de KDE dans le monde, avant d’être brisé par les contradictions internes du logiciel libre e...

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SYNTHÈSE STRUCTURÉE

Les débuts prometteurs (2004)

En décembre 2004, lors d’une conférence Canonical à Mataró (Espagne), l’idée d’une variante Ubuntu avec KDE germe. Mark Shuttleworth l’approuve, et Jonathan Riddell, développeur KDE et Debian, se lance bénévolement. L’intervenant souligne : « Il n’était pas seulement le leader d’un projet. Il était littéralement le pont humain entre trois écosystèmes différents : Debian, Ubuntu, KDE. » Kubuntu est né, porté par la conviction que la diversité des environnements de bureau fait partie de la mission d’Ubuntu.

Une adoption institutionnelle massive (2006-2008)

Kubuntu connaît une croissance fulgurante : le Parlement français migre plus de 1 000 postes vers Kubuntu, le gouvernement de Taipei remplace Windows par Kubuntu sur 10 000 PC scolaires, et les îles Canaries l’adoptent dans 1 100 établissements. L’intervenant insiste : « Ce n’est pas une saveur marginale. Ce n’est pas une expérience d’enthousiaste. C’est une distribution qui concurrence sur le marché réel, choisie par de vraies institutions. » Pour KDE, Kubuntu devient le candidat idéal pour devenir sa distribution phare.

Les failles structurelles dès l’origine

Malgré ce succès, Kubuntu n’a jamais été considéré comme central par Canonical. L’intervenant précise : « La marginalisation n’a pas commencé en 2012. Elle était déjà implicite dans cette salle en 2004. » Kubuntu dépendait entièrement de l’infrastructure Canonical (build system, bug tracking, packaging, Launchpad). L’indépendance n’était pas un choix, mais un coût que personne ne pouvait assumer. KDE devait s’adapter à un système conçu pour GNOME, ce qui générait des bugs graphiques et des problèmes d’intégration.

L’arrivée prématurée de KDE 4 (2008-2010)

Entre 2008 et 2010, KDE 4 est publié dans un état immature. Kubuntu l’adopte trop tôt, comme beaucoup d’autres distributions. Le contrecoup est immédiat : la réputation de Kubuntu en souffre, au moment même où Ubuntu explose dans le grand public. L’intervenant résume : « Pendant qu’Ubuntu grandit, Kubuntu perd la confiance. »

La rupture financière de 2012

Le 6 février 2012, Jonathan Riddell annonce que Canonical cesse son soutien financier à Kubuntu après la sortie d’Ubuntu 12.04 LTS. Les raisons officielles : Kubuntu n’était pas un succès commercial, Canonical avait choisi Unity, et KDE n’était pas dans le plan stratégique. L’intervenant commente : « Sept ans de développement fermés par un email. » Blue Systems, une société allemande discrète, prend le relais pour financer Kubuntu, mais la nature du projet change à jamais.

La controverse des dons (2012-2013)

Entre octobre 2012 et avril 2013, Canonical met en place une page de dons avec des curseurs permettant aux utilisateurs de répartir leurs contributions. Un curseur était intitulé « Better support for flavors ». 143 000 $ sont collectés, dont 47 000 $ attribués via ce curseur aux saveurs. Mais aucune comptabilité publique n’est fournie. Riddell commence à poser des questions précises et insistantes. L’intervenant souligne : « Les utilisateurs ont donné en croyant que l’argent allait directement aux équipes des saveurs. Ce n’était pas le cas. »

La destitution et la rupture définitive (2015)

En mai 2015, le Conseil communautaire d’Ubuntu demande à Riddell de quitter la direction de Kubuntu. Le Conseil de Kubuntu le reconfirme. Scott Kitterman, développeur Ubuntu depuis 2006, démissionne en déclarant : « Ce n’est pas le projet Ubuntu que j’ai rejoint en 2006. » La réponse de Shuttleworth est glaciale. Riddell accuse Canonical d’avoir fraudé les donateurs et violé les licences de droits d’auteur. En octobre 2015, après Kubuntu 15.10, il démissionne. Ses derniers mots sont presque juridiques : « Les logiciels open source fabriqués par la communauté ont besoin que les gens puissent retirer ce qu’ils y ont mis. Canonical ne l’a pas permis. »

La naissance de KDE Neon (2016)

KDE Neon n’apparaît pas de nulle part. Il trouve ses racines dans un projet interne à Kubuntu appelé Project Neon, lancé vers 2011 pour tester les versions les plus récentes de KDE sur Ubuntu sans attendre les cycles officiels. Les premières images quotidiennes sont construites en janvier 2016, la sortie officielle a lieu le 8 juin 2016. L’intervenant explique la différence philosophique : « Kubuntu était KDE dans la logique d’Ubuntu, cycles stables, LTS, paquets intégrés dans le système Canonical. KDE Neon est KDE qui parle avec sa propre voix, sans intermédiaires, sans filtres. » Neon ne cherche pas à remplacer Kubuntu, mais à exister sans dépendre.

Le départ de Riddell (2025)

En 2025, après 25 ans de contribution, Jonathan Riddell annonce son départ de KDE. Blue Systems a fermé, son fondateur étant malade. Une nouvelle société, Tech Paladin, a repris certaines activités. Riddell se retrouve exclu des décisions, ignoré dans ses propositions, isolé. Son adieu, intitulé « Adios Chicos, 25 Years of KDE », mêle fierté, gratitude et une profonde lassitude. L’intervenant conclut : « La fatigue de quelqu’un qui a vraiment cru au logiciel libre, à la communauté, à la possibilité que les choses fonctionnent différemment, et qui a vu cette conviction se heurter encore et encore à la réalité des organisations humaines. »

Le constat final : une opportunité manquée

Kubuntu existe toujours, maintenu par sa communauté, suivant Ubuntu comme il l’a toujours fait. Mais la promesse originelle – faire de Kubuntu le centre de gravité de KDE dans le monde mainstream – ne sera jamais réalisée. L’intervenant résume : « KDE aujourd’hui reste peut-être le bureau le plus ambitieux et le plus complet de l’écosystème Linux du point de vue de l’expérience utilisateur domestique. Mais contrairement à GNOME, soutenu par Red Hat, KDE n’a jamais eu de distribution de référence vraiment grande, stable et universellement reconnaissable. » L’histoire de Kubuntu rappelle que la liberté la plus difficile à garantir n’est pas celle du code, mais celle des personnes au sein des organisations qui construisent ce code.

CONCEPTS CLÉS

  • Kubuntu : Variante officielle d’Ubuntu utilisant l’environnement de bureau KDE Plasma. Techniquement identique à Ubuntu (même noyau, mêmes dépôts, même cycle de publication), mais avec une philosophie et une histoire distinctes.
  • KDE Neon : Distribution Linux basée sur Ubuntu, mais conçue comme une plateforme de référence pour KDE. Elle livre les dernières versions de Plasma immédiatement après leur publication par KDE, sans passer par les cycles de stabilisation d’Ubuntu.
  • Project Neon : Initiative interne à Kubuntu (vers 2011) permettant aux développeurs de tester les versions les plus récentes de KDE sur Ubuntu, sans attendre les cycles officiels. C’est l’ancêtre direct de KDE Neon.
  • Blue Systems : Société allemande discrète qui a financé Kubuntu et le développement de KDE après le désengagement de Canonical en 2012, sans chercher la visibilité publique.
  • Canonical : Société fondée par Mark Shuttleworth, créatrice et mainteneuse principale d’Ub

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