LINUX IS NOT FREE Source Code Ep. 22
Cette vidéo explore la fragilité des environnements de bureau Linux historiques (Gnome 2, MATE, XFCE) face aux évolutions techniques et économiques, en pointant les risques d’une réécriture massive en Rust et l’urgence de repenser le modèle de financement de l’open source.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
La nostalgie de Gnome 2 et l’échec de MATE
L’intervenant exprime un attachement profond à Gnome 2, qu’il décrit comme « quelque chose de familier, quelque chose de simple ». Il constate que MATE, pourtant son fork direct, n’a jamais réussi à combler le vide laissé par Gnome 2. Selon lui, MATE a commis « son erreur fondamentale » : être « la congélation de Gnome 2 », une copie à l’identique sans vision d’évolution. Il regrette l’absence d’une réflexion sur ce que Gnome 2 serait devenu en 10 ans, citant Serenity OS comme modèle possible d’évolution plutôt que de conservation.
L’abandon d’Ubuntu MATE : un signal de fragilité
L’intervenant annonce que la prochaine version d’Ubuntu n’aura plus d’ISO officielle MATE, non pour un problème technique, mais parce que « le mainteneur historique, après 12 ans, a abandonné par manque de temps et de passion, et personne n’a repris le flambeau à temps ». Il souligne que « l’air de Gnome 2 ne tient que sur un seul homme », et que lorsque cet homme se fatigue, « tout vacille ».
XFCE sur Redox OS : une expérimentation anodine mais révélatrice
L’intervenant rapporte que XFCE a été porté sur Redox OS, un système écrit en Rust sous licence MIT. Il précise que « XFCE sur Redox, c’est du code C porté par-dessus », grâce à la compatibilité avec les API Linux. Il insiste : « Ce n’est pas une réécriture en Rust », et qualifie cette nouvelle de « pure expérimentation, et c’est sain ».
Le compositeur Wayland de XFCE écrit en Rust : le déclic
L’intervenant révèle que XFCE a annoncé que son nouveau compositeur Wayland sera écrit en Rust. C’est ce détail qui fait le lien dans son esprit : « XFCE mettant le pied dans un monde tout-Rust » d’un côté, et « XFCE décidant de réécrire une partie de son cœur, le compositeur, en Rust » de l’autre. Il admet que ce n’est qu’une crainte, sans base solide, mais que « quand une peur vous vient naturellement, sans que vous la cherchiez, c’est le signal que quelque chose a changé dans l’air ».
La réécriture en Rust : une absurdité sémantique
L’intervenant affirme que « réécrire un programme dans un autre langage est l’une des choses les plus insensées que l’on puisse faire ». Il compare cela à traduire Shakespeare en allemand : « Les traductions existent, même excellentes, mais elles restent des traductions. La puissance et la profondeur d’une œuvre dans la langue où elle est née est insurpassable. Et il en va de même pour le code. »
La barrière linguistique et la perte de contributeurs
Il met en garde contre une conséquence subtile : « Réécrire tout un écosystème dans un seul langage signifie que, peu à peu, quiconque ne connaît pas ce langage reste dehors. » Il évoque « 50 ans de personnes qui savent mettre les mains dans le C » qui se retrouveraient exclus, réduisant le cercle des contributeurs potentiels.
Le problème de licence : GPL vs MIT dans l’écosystème Rust
L’intervenant clarifie un point crucial : « Le problème n’est pas que Rust impose une licence, c’est faux. En Rust, on peut écrire du code GPL. » Le vrai problème est « la gravité de l’écosystème ». Il cite les directives officielles du projet Rust : « Une bibliothèque permissive ne devrait dépendre que de bibliothèques permissives. » Il explique que « si vous voulez vivre confortablement dans l’univers Rust, là où sont les bibliothèques, la communauté, tout, la pente descendante est la licence permissive ». Il conclut : « C’est ainsi que tout un monde bascule, non par décret, mais parce qu’une direction est en descente et l’autre en montée. »
Redox OS et sa critique ouverte de la GPL
L’intervenant note que Redox OS est MIT « pas par hasard », et que le projet critique ouvertement la GPL dans sa documentation, la qualifiant de « upstream centric » et MIT de « downstream centric ». Il interprète cela comme une façon élégante de dire qu’avec MIT, « quiconque est en aval, c’est-à-dire quiconque prend le code, peut aussi le fermer ». Il ajoute que porter XFCE (GPL) dans un tel système, c’est « le faire grandir dans un jardin où tout le reste tire dans l’autre sens ».
Le verrouillage Apple et l’opacité du boot Asahi
L’intervenant rapporte qu’avec la bêta de macOS 27, Asahi Linux ne boote plus. Il précise que les développeurs d’Asahi eux-mêmes disent que « c’est probablement un bug » et ont soumis un rapport à Apple. Mais il souligne le problème fondamental : « Que ce soit un bug ou délibéré, vous ne pouvez pas le savoir, moi non plus, personne, sauf Apple. Sur un système ouvert, un tel changement, vous le regardez dans le code et vous comprenez s’il a cassé Linux par erreur ou exprès. Ici, non. Ici, vous ne pouvez que déposer un ticket et attendre. »
Le modèle économique intenable de l’open source
L’intervenant pose la question centrale : « Qui paie les développeurs ? Qui paie les serveurs ? Qui paie les heures de développement ? » Il dénonce le dogme du « doit être gratuit » et affirme que « le moment est venu où soit nous brisons ce dogme, soit nous continuons en tant que niche de projets amateurs entretenus sur le temps libre ». Il cite une étude Tidelift : « 60 % des mainteneurs open source se décrivent comme des hobbyistes non rémunérés. Seuls 13 % vivent entièrement ou largement de ce qu’ils font. »
L’échec du modèle des dons
L’intervenant critique le modèle des dons : « Le modèle du don ne récompense que les projets déjà célèbres, ceux avec un grand nom, exactement comme Hyperland, et laisse tous les autres mourir. » Il ajoute que « parmi les organisations qui disent donner, seules 10 % donnent l’argent directement à celui qui maintient le projet ». Il conclut : « Le modèle tout-gratuit n’est pas de la générosité. C’est de l’insoutenabilité déguisée en vertu. »
La proposition d’un modèle économique communautaire
L’intervenant propose une alternative radicale : « Je baserais les projets open source eux-mêmes sur des modèles économiques communautaires basés sur le paiement annuel ou mensuel de leurs propres membres, des utilisateurs. » Il prend l’exemple d’Hyperland, qui a réussi à se financer grâce à une popularité mondiale, mais déplore que « combien d’Hyperlands potentiels meurent avant même d’atteindre la maturité ». Il appelle à une prise de conscience : « Soit nous continuons avec ce monde bancal fait de mainteneurs qui disparaissent, soit nous commençons à