Personne ne réalise ce que BlackRock prépare

Le patron de BlackRock, Larry Fink, propose de financer les infrastructures d’IA en réorientant l’épargne des Américains (assurances, fonds de pension, comptes bancaires) vers ce secteur, ce qui ferait mécaniquement monter les taux d’intérêt, étranglerait l’État et les PME, ma...

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SYNTHÈSE STRUCTURÉE

Le constat de Larry Fink : un besoin colossal de capitaux 💰

Le 6 mai 2026 au Texas, Larry Fink a exposé un plan qui, sous des airs anodins, décrit une transformation radicale du financement américain. Il chiffre les besoins d’investissement en infrastructures des seuls États-Unis à plus de 10 000 milliards de dollars pour la décennie, et jusqu’à 68 000 milliards à l’échelle mondiale d’ici 2040. Pour lui, la puissance de calcul est en train de devenir « une nouvelle classe d’actifs qui se valorisera en trillions de dollars ».

L’alternative chinoise comme levier de mobilisation 🇨🇳

Fink justifie son plan par la menace chinoise : « Si nous n’investissons pas ces trillions de dollars, la Chine deviendra le leader mondial. » Il souligne que Pékin peut orienter l’épargne de 1,4 milliard d’habitants par un simple canal bancaire d’État, là où Washington n’a pas ce levier. Aux États-Unis, l’épargne est privée et dispersée, stockée dans des comptes bancaires et des produits « sans risque » qui financent en bonne partie la dette américaine.

Le mécanisme : drainer l’épargne par le prix des taux 📈

Pour mobiliser cette épargne privée, il n’existe pas de décret, mais un prix : le taux d’intérêt du marché. Fink propose de convaincre les Américains de sortir leur argent du « sans risque » pour le diriger vers l’infrastructure IA, en offrant des rendements attractifs (8 à 10 % pour les grands groupes, jusqu’à 14 % pour les PME du secteur). Il explique que « garder son argent sur un compte en banque, c’est ne pas grandir avec l’économie américaine ».

L’effet d’éviction : l’État et les PME sacrifiés 🏚️

Aspirer les fonds des assurances, des fonds de pension et de l’épargne vers l’IA signifie mécaniquement faire monter les taux d’intérêt. Or, ces fonds servent aujourd’hui à financer la dette souveraine et le crédit à court terme. « Des taux plus hauts, c’est un État qui paye ses dettes plus cher et une économie réelle, typiquement celle des PME, qui étouffe. » L’économiste appelle cela « l’effet d’éviction » : l’investissement privé massif dans l’IA accapare le capital disponible et évince l’État et les entreprises les moins rentables.

Le pari de la croissance comme substitut à la dette 📊

Le cœur du plan de Fink est que l’État américain finance ses déficits non plus par de nouvelles dettes (trop chères), mais par une accélération de la croissance économique. Il a explicitement lié les 3 % de croissance qu’il appelle de ses vœux au déficit que le gouvernement fédéral doit financer. L’idée : si la base taxable grossit plus vite, l’État peut se désendetter sans emprunter davantage, non pas en réduisant la dette, mais en gonflant le PIB.

Les premiers signes d’un découplage croissance-emploi 🤖

L’analyse s’appuie sur des faits récents : le 3e trimestre 2025 a affiché une croissance annualisée de l’ordre de 4,5 %, tirée par un bond de l’investissement des entreprises massivement orienté vers l’IA. Dans le même temps, Goldman Sachs documente que sur 12 mois, l’IA aurait déjà détruit environ 16 000 emplois nets par mois aux États-Unis, en se concentrant sur les postes juniors. « L’IA semble avoir commencé à produire un découplage entre croissance économique et emploi dès la fin de 2025. »

La destruction créatrice comme horizon théorique 🔄

Le plan repose sur un cycle schumpétérien de destruction créatrice : les entreprises qui ne s’adaptent pas disparaîtront, mais de nouvelles, plus productives grâce à l’IA, émergeront et compenseront les pertes. « Une PME qui ferme aujourd’hui ne se reconvertit pas demain en laboratoire d’IA. Et un comptable de 50 ans dont le poste est automatisé ne devient pas du jour au lendemain ingénieur en machine learning. »

Le problème du creux de transition ⏳

Entre le déclin de l’ancien monde et la montée du nouveau, il existe un creux temporel où se logent les faillites, le chômage de transition et la colère sociale. « La théorie peut-être juste sur 30 ans et catastrophique sur 5 ans. » La capacité du tissu économique à s’adapter dépend de la temporalité : ce n’est pas la même chose d’avoir 20 ans ou une seule année pour se reconvertir.

Le revenu universel comme réponse magique ? 🍄

Face aux conséquences sociales, les grands noms de l’IA évoquent un revenu universel pour apaiser les tensions. L’analyste rejette cette solution : « Donner de l’argent à des gens à qui l’on a retiré leur fonction, ce n’est pas la même chose que de leur rendre une place dans la société. » Il rappelle que le travail est « la première clé de répartition de la richesse », donne une position sociale, un sentiment d’utilité et une structure. « Toutes les sociétés de purs spectateurs entretenus finissent rarement bien. »

CONCEPTS CLÉS

Effet d’éviction : Phénomène économique où l’investissement massif dans un secteur (ici l’IA) accapare le capital disponible, faisant monter les taux d’intérêt et privant d’autres acteurs (État, PME) d’accès au crédit.

Destruction créatrice : Concept de Joseph Schumpeter décrivant le processus par lequel l’innovation détruit des industries anciennes tout en créant de nouvelles activités économiques plus productives.

Découplage croissance-emploi : Situation où la production de richesse augmente sans création d’emplois, voire avec une destruction nette d’emplois, grâce aux gains de productivité de l’automatisation et de l’IA.

CONCLUSION

Le message principal est que le plan de Larry Fink n’est pas un simple plan d’investissement, mais un projet de réallocation du capital national à l’échelle d’un continent, qui repose sur une série de paris risqués : que le découplage croissance-emploi soit réel et durable, que la croissance nouvelle compense l’effondrement de l’ancien monde, et que l’ordre social tienne le choc de la transition. « Le poison et l’antidote sortent du même flacon. » Ce qui compte, c’est que cette voie est celle dans laquelle le monde s’engage actuellement, avec une très grande quantité d’inconnus, mais sans alternative crédible pour les élites américaines qui considèrent la course à l’IA comme une obligation existentielle face à la Chine.

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