A Linux Distro In Under 20 Megabytes
Cette vidéo explore la gamme des tailles d’ISO de distributions Linux, depuis les 5,9 Go d’Ubuntu jusqu’à des projets expérimentaux de quelques mégaoctets, en expliquant les compromis techniques nécessaires pour atteindre une taille minimale.

SYNTHÈSE STRUCTURÉE
La taille des ISO modernes : un constat de départ
L’intervenant commence par noter que les distributions Linux modernes sont devenues très volumineuses. Ubuntu, avec son ISO de 5,9 Go pour la version x86-64, est cité comme l’un des plus gros. Il relativise : « It’s not that big of a deal, right? Like, you have a thumb drive. There’s probably at least 8 gigabytes. » L’idée n’est pas de critiquer cette taille, mais de montrer le contraste avec des approches minimalistes.
Arch Linux : un ISO modeste mais plus gros qu’on ne le pense
Arch Linux, souvent perçu comme une distribution légère, a un ISO de 1,5 Go. L’intervenant rappelle qu’il tenait autrefois sur un seul CD (700 Mo), et que son passage au-delà de cette limite a été un tournant. Il précise : « We’re not including a desktop, there’s a lot of things that are not being included. If that happens, there’s a problem. » Cela illustre que même sans environnement graphique, l’ISO reste conséquent à cause des pilotes et outils d’installation.
Gentoo et Void : des ISO encore plus réduits
Gentoo descend à 1,1 Go, et Void Linux (version de base, sans XFCE) à environ 1 Go. L’intervenant souligne que ces tailles restent bien supérieures à ce qui est techniquement possible, mais qu’elles sont déjà très éloignées des 5,9 Go d’Ubuntu. Il note que Gentoo ne tient plus sur un CD standard (700 Mo), contrairement à une époque antérieure.
Puppy Linux : une famille de tailles variables
Puppy Linux se décline en plusieurs versions, avec des ISO allant de 1,1 Go (version Wayland/LabWC) à 497 Mo (version Slackware). L’intervenant explique que la version rétro (X11/JWM) fait 937 Mo, et que la version basée sur Void descend à 549 Mo. Il précise : « This is well within the range of a single CD for installation. » Cela montre que même avec un environnement graphique, on peut rester sous la barre des 700 Mo.
Alpine Linux : la championne des distributions légères et utilisables
Alpine Linux atteint 352 Mo pour son ISO x86-64. L’intervenant explique que cela est dû à l’utilisation de BusyBox et musl libC à la place de GNU Coreutils et Glibc : « These are much lighter variants, both in performance and installation size. » Il ajoute qu’Alpine n’est pas destinée à un usage desktop classique, mais plutôt aux serveurs, systèmes embarqués et conteneurs. Un conteneur Alpine peut descendre à 5 Mo une fois installé.
SliTaz : l’extrême minimalisme avec un bureau
SliTaz propose un ISO de 55 Mo avec un environnement graphique, et une version TTY-only de 28 Mo. L’intervenant explique que cela nécessite de couper massivement dans le noyau : « If you’re willing to cut out a lot of functionality from the kernel, that’s not impossible. You can very well get a kernel that is under a megabyte. » Il prévient que ces distributions ne fonctionneront pas sur du matériel récent (pas de support NVIDIA, systèmes de fichiers limités).
Tiny Core Linux : le seuil de l’utilisable
Tiny Core Linux propose plusieurs variantes : Core Plus (avec des outils supplémentaires), Tiny Core (avec un bureau FLTK/FLWM) et Core (17 Mo). L’intervenant cite l’avertissement du projet : « If you don’t know what tiny core is, if you can’t understand what it is, this is probably not the distro for you. » Il considère que Core est « the stopping point for a usable distro » au-delà duquel les coupures deviennent trop sévères pour un usage réel sur du matériel physique.
Les projets expérimentaux : en dessous de 10 Mo
L’intervenant mentionne Minimal Linux Live (10 Mo, projet mort en 2019) et Tiny Box Linux (3,7 Mo). Ce dernier utilise une configuration make tinyconfig du noyau Linux, qui est un simple test de compilation : « This is something that just exists to make sure it can be compiled. » Il précise que ces ISO ne fonctionnent que dans une machine virtuelle, pas sur du matériel réel.
La question de la définition d’une distribution Linux
L’intervenant soulève un point philosophique : à partir de quand un ensemble noyau + outils mérite-t-il le nom de « distribution » ? Il explique qu’avec make tinyconfig, on peut obtenir un noyau de quelques centaines de kilo-octets, et qu’en ajoutant Toybox (des outils Unix légers utilisés par Android), on obtient techniquement une distribution, mais inutilisable en pratique. Il conclut : « The real actual smallest distro that is actually able to do something useful… we obviously have to move away from x86-64. » Il cite Flop Linux, qui tient sur une disquette pour faire un netboot.
La différence entre taille ISO et taille installée
L’intervenant rappelle que la taille de l’ISO n’est pas la taille du système installé. Par exemple, Arch Linux a un ISO de 1,5 Go, mais une installation propre fait environ 200 Mo. Il explique : « The ISO is going to include a lot of extra things to make the initial installation easier, like drivers for various different hardware that you may not have in your final installation. » Cela justifie pourquoi les ISO sont souvent plus gros que nécessaire.
CONCEPTS CLÉS
- BusyBox : Ensemble d’utilitaires Unix légers, conçu pour remplacer GNU Coreutils dans les environnements à ressources limitées. Utilisé par Alpine Linux et de nombreuses distributions minimalistes.
- musl libC : Implémentation légère de la bibliothèque C standard, alternative à Glibc. Plus petite et plus rapide, mais peut causer des incompatibilités avec certains logiciels.
- Toybox : Projet d’outils Unix légers, utilisé par Android. Conçu pour être plus petit que BusyBox tout en restant compatible POSIX.
make tinyconfig: Option de compilation du noyau Linux qui désactive presque toutes les fonctionnalités, produisant un noyau de quelques centaines de kilo-octets. Utilisé pour tester la chaîne de compilation, pas pour un usage réel.- Netboot : Démarrage d’un système depuis le réseau, sans support de stockage local. Flop Linux utilise une disquette uniquement pour amorcer un téléchargement réseau.
CONCLUSION
Le message principal est que la taille d’une distribution Linux est le résultat de compromis entre fonctionnalité, compatibilité matérielle et minimalisme. Les très petites distributions (moins de 100 Mo) existent, mais elles sacrifient la compatibilité, les pilotes et les outils modernes. Comme le dit l’intervenant : « This is not a distro for most people. This is a distro with a very specific purpose. » Pour un administrateur système, l’intérêt est de comprendre que la taille n’est pas un indicateur de qualité, mais un reflet des choix techniques : une Alpine Linux de 352 Mo peut être parfaitement adaptée à un serveur, tandis qu’une Ubuntu de 5,9 Go offre une expérience desktop clé en main. La leçon pratique est de choisir sa distribution en fonction de ses besoins réels, pas de la taille de l’ISO.