Pourquoi le PACTE DE LA MECQUE est une dinguerie géopolitique

L'analyse géopolitique de Caroline Galactéros et Idriss Aberkane décrypte le bouleversement stratégique que constitue le Pacte de La Mecque, une alliance défensive inédite entre la Turquie, le Pakistan et l'Arabie Saoudite, avec une possible adhésion iranienne, qui rebat les c...

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SYNTHÈSE STRUCTURÉE

Le Pacte de La Mecque : une alliance inédite

Le 6 ou 7 août, un accord défensif a été signé entre Ankara, Islamabad et Djeddah, sur le modèle de l’OTAN : si l’un des membres est attaqué, les autres répondent. L’Iran a exprimé son souhait de rejoindre cette alliance, ainsi que le Bangladesh. Cette configuration est historique : “c’est du jamais vu depuis au moins 60 ans”, souligne l’animateur. Le pacte est présenté comme une alliance sunnite, mais cette qualification est déjà problématique avec la présence de la Turquie et du Pakistan, et devient caduque si Téhéran rejoint.

La réaction américaine : entre désarroi et colère

L’animateur compare la situation à un sketch des Guignols, imaginant Washington “hop si Nasri” face à cette nouvelle donne. Caroline Galactéros confirme que les États-Unis et Israël vont tout faire pour faire capoter ce rapprochement : “c’est exactement ça va à l’inverse de tout ce qui est le propre de la politique américaine et américano-israélienne depuis des décennies dans cette région, c’est-à-dire l’éclatement la fragmentation, monter les uns contre les autres, nourrir la discorde chiite, sunnite.”

L’Iran, un retournement stratégique majeur

La guerre américano-israélienne contre l’Iran a eu l’effet inverse de celui recherché. Au lieu d’isoler Téhéran, elle a rapproché les pays de la région. L’Iran a infligé “un camouflet assez humiliant aux États-Unis”, et les pays du Golfe, qui étaient “plus ou moins enrôlés, soit dans les accords d’Abraham, soit dans des dépendances très lourdes”, se demandent désormais “ça nous a servi à quoi tout ça et quel est l’avenir ?”

La Syrie, nouveau champ de bataille turco-israélien

La chute d’Assad a ouvert une compétition féroce entre la Turquie et Israël. L’animateur rappelle que Naftali Bennett avait déclaré que le prochain ennemi après l’Iran serait la Turquie. Les frappes israéliennes sur les intérêts turcs en Syrie sont désormais une réalité, et la Turquie a émis un mandat d’arrêt international contre Netanyahou. Le Pakistan a officiellement prévenu : toucher à la Turquie serait une erreur, et le Pakistan possède l’arme atomique.

La visite de Radcliff à Moscou : un signal fort

Le patron de la CIA s’est rendu à Moscou pour rencontrer son homologue russe, une première depuis le début de l’opération militaire spéciale. L’animateur y voit un signe de tension extrême, évoquant une possible opération terrestre américaine en Iran. Galactéros tempère : “quand tout va mal, les espions et les grands espions, les chefs espions, ça sert à ça. Sert à maintenir des canaux de discussions, des lignes ouvertes, des trucs où on peut se parler avant de faire d’énormes bêtises.”

Le rôle du Vatican dans la diplomatie parallèle

La présence du Saint-Siège à Moscou est un signal de gravité. Galactéros rappelle que la diplomatie vaticane a un “très prestigieux” passé, notamment avec Jean-Paul II et l’effondrement de l’URSS. Dans les situations “délicates, voire désespérées”, cette diplomatie peut être “extrêmement utile”. Poutine, “très œcuménique”, accueille favorablement ces canaux.

L’Angleterre, cobelligérante assumée

Le nouveau Premier ministre britannique a annoncé lever le secret sur les technologies du missile Storm Shadow, permettant à l’Ukraine de le fabriquer sous licence. La Russie a réagi en rappelant son ambassadeur à Londres. Galactéros analyse : “on considère vraiment que les Britanniques vont trop loin, que les Européens vont trop loin.” Cette escalade intervient alors que la Russie accélère ses opérations.

La France, une puissance effacée

Les deux intervenants constatent l’effacement diplomatique français. Galactéros estime que la France devrait “accueillir tout ce qui va dans le sens d’une stabilisation” et retrouver une capacité à “se penser elle-même dans le monde tel qu’il est”. Elle déplore la “défausse européenne” et le “fantasme européiste” qui empêchent la France d’exister en propre. “Il faut se souvenir qu’on peut exister mais on doit exister par la projection pas tellement de puissance même si on a encore des atouts de puissance minimum d’indépendance.”

Le nucléaire civil, un enjeu stratégique

La Russie, via Rosatom, domine désormais l’exportation de centrales nucléaires, y compris vers des pays sous sanctions. Galactéros rappelle que Rosatom “a copié Framatome” et que la France a “arraché” son propre nucléaire : “on a plus aucune puissance nucléaire à l’export aujourd’hui alors qu’avant on était la première puissance mondiale en terme de nucléaire à l’export.”

La dédollarisation et la fin de l’hégémonie

Les sanctions américaines contre l’Iran sont rejetées par tous les pays du Moyen-Orient. Le Pakistan a annoncé que les routes de contournement étaient prêtes. Le système SPFS, alternative russe à Swift, compte près d’une centaine de pays utilisateurs. Galactéros conclut : “on n’est plus en 2015, on est en 2026 et c’est eux qui ont tapé l’Iran. C’est pas l’Iran qui les a attaqués, c’est eux qui ont tapé l’Iran.”

Le “make believe” occidental

Les intervenants dénoncent une culture politique occidentale fondée sur la croyance que la réalité peut être modifiée par le discours. Galactéros : “on projette notre arrogance, on projette nos catégories, on projette ce qu’on appelle la victoire, on projette ce qu’on croit être les intérêts d’un état.” Cette incapacité à se mettre à la place de l’autre est, pour elle, “le b.a.-ba de n’importe quel analyste” : “si tu te mets pas à la place de l’autre, tu es mort.”

CONCEPTS CLÉS

Pacte de La Mecque : Alliance défensive signée en août entre la Turquie, le Pakistan et l’Arabie Saoudite, ouverte à l’Iran et au Bangladesh, sur le modèle de l’OTAN.

Doctrine Powell : Ensemble de huit critères à vérifier avant de déclencher une intervention militaire, notamment l’existence d’un intérêt vital menacé, une stratégie de sortie claire et un soutien international. Tous les critères sont non satisfaits dans le cas iranien.

Jeu à somme nulle : Situation où ce que l’un gagne est perdu par l’autre, par opposition aux jeux coopératifs où les gains ne se font pas au détriment d’autrui.

SPFS : Système russe de transmission de messages financiers, alternative à Swift, utilisé par près d’une centaine de pays.

Technate of America : Projet technocratique des années 1930, porté par le grand-père d’Elon Musk, visant à ce que les États-Unis contrôlent toutes les matières premières du Groenland au golfe du Mexique.

CONCLUSION

Le Pacte de La Mecque représente un basculement géopolitique majeur : pour la première fois depuis des décennies, les grandes puissances régionales du Moyen-Orient s’unissent contre l’hégémonie américaine et israélienne, et non plus sous leur tutelle. Cette dynamique, portée par la Chine et la Russie, fragilise l’ordre mondial unipolaire et ouvre une ère multipolaire où la France, si elle ne retrouve pas une diplomatie indépendante, risque de disparaître du jeu. Galactéros conclut : “je persiste à croire que la France a encore un rôle à jouer d’inspirateur et d’acteurs dans ce domaine. Et j’espère qu’elle aura l’occasion de le faire avant que ce soit trop tard.”

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